"Et dans ce ciel
blanc, voici que les yeux crevés des étoiles
s'éteignirent, qu'à lourds et noirs, flocons, larmes de
goudron lourd et noir, se mirent à tomber des étoiles."
André Suarès.
Mourir. Enfin. En Suisse, à Genève. Parce qu'une impératrice est un bon trophée pour un anarchiste italien.
Un cadavre de soixante et un ans, un mètre soixante-douze.
La blessure est de forme triangulaire, située à quatorze
centimètres sous la clavicule gauche et à quatre
centimètres au-dessus de la pointe du sein gauche. L'arme a
pénétré à quatre-vingt-cinq
millimètres, brisant la quatrième côte, traversant
le poumon de part en part ainsi que le ventricule gauche. Le sang est
tombé goutte à goutte dans le péricarde. Une toute
petite ouverture du cœur..
Les docteurs Reverdin, Gosse et Mégevand ont fait propre. Si
tant est qu'une autopsie puisse se pratiquer proprement. Plus
d'éventail et plus d'ombrelle. Le corps nu sur la table. Le
tatouage que l'on remarque discrètement.
On a déposé sur une petite table les objets que
l'impériale défunte avait sur elle ce jour-là :
-une chaînette d'or où est suspendue l'alliance qu'elle ne portait jamais au doigt,
-l'éventail de cuir,
-une montre anglaise en métal où est gravé le nom d'Achille,
-un bracelet où sont accrochées de multiples breloques :
une tête de mort, une main d'or à l'index dressé,
des médailles de la Vierge (une, souvenir d'un pèlerinage
à Notre-Dame de la Sainte-Baume, une autre où l'on peut
lire "Marie a été conçue sans
péché"), des monnaies byzantines, un signe solaire aux
trois pieds,
-un sifflet,
-un petit cygne en cristal de roche serti de douze diamants,
-un médaillon contenant une photographie et des cheveux du prince héritier,
-un deuxième médaillon, cadeau de l'évêque
hongrois monseigneur Hyacinthe Ronay après la chute de cheval de
Sassetot, renfermant les versets du psaume 90 sur une mince feuille de
papier pliée en huit.
On rhabille et on coiffe. Son éternelle couronne de tresses et
sa plus belle robe noire... Le séjour de Genève est
achevé.
Retour à Vienne. Définitif celui-là.
Triple éparpillement des funérailles. C'est ainsi que
l'on va à la mort chez les Habsbourg. Le cœur à
l'église des Augustins. Les viscères dans la crypte
ducale de la cathédrale Saint-Etienne. Le corps embaumé
dans la crypte des Capucins, qui jouxte la Kerkerburg.
Triple cercueil également. Deux cercueils de plomb et cercueil
extérieur en bronze reposant sur des griffes de lion.
Le père supérieur de l'église des Capucins et le grand chambellan vont se livrer au traditionnel questionnaire public qui annonce l'entrée du corps dans la crypte. Un dialogue entre Dieu et la défunte. La voix de la morte sera celle du chambellan :
"Qui es-tu ? Qui demande à entrer ici ?
-L'impératrice et reine Elisabeth demande à entrer.
-Je ne te connais pas. Qui demande à entrer ici ?
-Je suis Elisabeth, impératrice d'Autriche, reine de Hongrie, duchesse en Bavière...
-Je ne te connais pas. Qui demande à entrer ici ?
-Je suis Elisabeth, pauvre pécheresse, et j'implore la miséricorde de Dieu.
-Alors, tu peux entrer."
L'Aja Kyriaki et les cyprès de Corfou sont loin. Rodolphe est
tout près. Deux corps qui ne sont pas à la place qu'ils
désiraient. Deux prisonniers. Deux déserteurs
rattrapés "in extremis". "In fine".
Fin de la peur, des cris, des rires cruels, des pleurs.
Rémanence du silence. Fin des affolements du cœur, fin de
la mémoire violente. Et permanence de la nuit.
Luigi Lucheni sourit entre les deux gendarmes qui viennent de
l'interpeller. Il chante même. Une tête couronnée
est tombée grâce à lui. Pas celle qu'il avait
d'abord choisie. Mais le duc d'Orléans, prétendant au
trône de France, avait trop vite quitté la ville.
Impératrice, prince, roi ou président de la
République, qu'importe, ils sont tous pareils !
C'est la concierge de la rue des Alpes qui a retrouvé l'arme du
crime. Un tiers-point très effilé, de dix
centimètres, enfoncé dans un manche de bois. Fabrication
maison.
Au commissariat, le jeune anarchiste de vingt-cinq ans raconte tout
très tranquillement. Le tiers-point acheté au
marché, les journaux qui racontent que l'impératrice
d'Autriche est en ville, l'attente, le choc, le coup. On fouille ses
poches. Dans un porte-monnaie très usé, on trouve six
francs trente-cinq, deux photographies de Lucheni en soldat, la liste
des étrangers d'Evian, le diplôme de sa médaille
militaire au titre des campagnes d'Afrique et trois lettres italiennes
de la princesse d'Aragona.
Luigi Lucheni travaillait, peu avant les faits, comme maçon
à Lausanne. Il avait été signalé comme
anarchiste après qu'un accident de chantier l'eut conduit
à l'hôpital. On avait, en effet, trouvé dans ses
poches un carnet contenant des chants anarchistes. Mais on ne jugea pas
utile de le surveiller spécialement. Seule république au
milieu des monarchies européennes, la Suisse a mauvaise
réputation. On la dit refuge des conspirateurs, des anarchistes
et des terroristes de tout pays...
"Peuple suisse, tes montagnes sont superbes !"
"Tes montres marchent bien ;"
"Mais combien dangereuse est pour nous"
"Votre engeance régicide !"
... Elisabeth n'en ignorait rien et l'avait écrit, mais elle
refusait, comme à son habitude, d'être
protégée par des agents.
Luigi Lucheni n'avait pas connu son père. Ni sa mère. La
journalière d'Albareto village de l'Apennin ligure, avait
quitté son pays à dix-huit ans, pour cacher son ventre et
sa honte. Elle était allée à pied jusqu'à
Paris où elle accoucha et abandonna son enfant. D'abord
recueilli aux Enfants trouvés de l'hôpital Saint-Antoine,
le petit garçon fut confié à des parents
nourriciers, à Parme. Il sera employé à la ligne
de chemin de fer Parme -La Spezia, puis partira dans le Tessin et
à Genève, et arrivera jusqu'à Trieste. Là,
la police le reconduit, sans travail et sans argent, à la
frontière car il aurait pris part à des menées
irrédentistes. En Italie, il est incorporé comme simple
soldat au 13ème régiment de cavalerie
légère de Montferrato, à Naples. Bonne conduite
pendant la campagne d'Abyssinie de 1896. Félicitations de son
capitaine, le prince Raniero de Vera d'Aragona qui le considère
comme l'un de ses meilleurs soldats. Nommé caporal, il sera
dégradé pour avoir procuré des vêtements
civils à un sous-officier aux arrêts. Il quitte le service
le 15 décembre 1897. Il devient domestique chez le prince
d'Aragona. Après qu'on lui a refusé une augmentation, il
s'en va mais reste toujours en correspondance avec la princesse
d'Aragona qui prend pitié de lui... Il songe un moment à
entrer dans la Légion étrangère mais renonce. Il
se met à fréquenter des groupes anarchistes auxquels,
d'ailleurs, il ne s'intégrera jamais. On lui reconnaît
cependant assez de vanité pour faire un bon bras armé et
commettre un assassinat politique. Il aimerait que l'on parle de lui
dans les journaux. Il irait bien à Paris, en pleine agitation de
l'affaire Dreyfus. Il a déjà son arme. Mais il ne peut,
financièrement, se permettre un tel voyage. Il est à
Genève. Il y restera, attendant une proie convenable. Dans la
dernière semaine d'août, les journaux annoncent
l'arrivée prochaine de l'impératrice Elisabeth...
"Tu me manques infiniment, mes pensées sont près de toi et je souffre à l'idée de cette longue, si longue absence; la vue de tes appartements vides a réveillé ma mélancolie." François Joseph reste seul à Ischl. Le 16 juillet 1898, Elisabeth est partie. Il ne la reverra jamais.
A Paris, un an auparavant, la duchesse d'Alençon fait la "une"
du "Petit journal". Elle vient de périr carbonisée dans
l'incendie du Bazar de la Charité. Un appareil de
cinématographe éclairé au gaz a pris feu alors que
la vente de charité, à laquelle assistent quelque quinze
cents personnes, bat son plein... Le plafond s'enflamme soudainement.
Puis les comptoirs. Et les rideaux. Le plafond tombe dans une panique
indescriptible. Le corps de Sophie, la plus jeune sœur de
l'impératrice, est méconnaissable. Seul son dentiste,
après un examen minutieux, parviendra à tirer le cadavre,
amputé de la main droite et de la jambe gauche, de l'anonymat.
Sophie, la fiancée vierge du roi de Bavière, le
rêve désavoué de Ludwig... Depuis dix ans, le songe
d'Elisabeth était resté sans réponse. Ce songe
où Elisabeth avait vu entrer Ludwig dans sa chambre, ruisselant,
et parlant mystérieusement de cette femme aimée qui
périrait dans les flammes... Des filles du joyeux duc Max en
Bavière, deux sont déjà mortes tragiquement. Avant
Sophie, Hélène, que la mort prématurée de
son mari puis de l'un de ses fils avait ébranlée
irrémédiablement... En mai 1890, Elisabeth s'était
rendue à son chevet et, pour la dernière fois, elles
avaient conversé, comme elles le faisaient toujours, en anglais.
"We two have had hard puffs in our lives"... Et Hélène
répondit à sa sœur : "Yes, but we had hearts."
Dans la vie des sœurs Wittelsbach, certes, les difficultés
n'avaient pas manqué. Quant au cœur.. Elisabeth attend son
tour entre deux cures, entre deux massages, entre deux pesées.
Elle veut mourir seule, loin des regards. Elle le répète
sans cesse à la comtesse Sztàray avant son départ
pour la Suisse. Les grandes agonies familiales ne sont pas pour elle.
Elles impriment chez les vivants trop de souffrance.
Pendant l'interrogatoire du procureur général Navazza,
à Genève, Lucheni est tout à sa gloire.
"Pourquoi avez-vous tué l'impératrice, qui ne vous avait jamais rien fait ?
- C'est la lutte contre les grands et les riches. Un Lucheni tue une impératrice, jamais une blanchisseuse."
Il regrette que la peine de mort n'existe pas à Genève.
Il réclame l'échafaud. Il écrit au journal
napolitain "Don Marzio" pour rectifier un article qui le
présentait comme un criminel-né : "Veuillez
détromper ceux qui prétendent que Lucheni a agi
poussé par la misère. Rien de plus faux... Si la classe
dirigeante ne tente pas de retenir son avidité à sucer le
sang du peuple, les rois, présidents, ministres et tous ceux qui
cherchent à asservir leur prochain, nul d'entre eux ne saurait
échapper à mes justes coups. Le jour n'est pas loin
où les véritables amis des hommes extirperont toutes les
maximes en honneur aujourd'hui. Une seule suffira : "Qui ne travaille
pas, n'a pas droit à manger". Votre dévoué Luigi
Lucheni, anarchiste convaincu."
Des lettres de félicitations arrivèrent pour Lucheni de
Vienne, Laibach, Florence, Lausanne, Naples, Sofia, Prague, Baltimore,
Londres, de Roumanie et d'Espagne. Elles ne franchirent jamais le seuil
de sa cellule. Comme ne lui parvinrent pas non plus les nombreuses
-plus nombreuses encore- lettres de haine. L'une, écrite par des
femmes et des jeunes filles de Vienne, comporte seize mille signatures
: "Sois maudit ta vie entière, misérable, monstre
exécrable. Que ce que tu manges ne te réussisse pas. Que
ton corps ne te cause que des souffrances, que tes yeux soient
aveuglés, et que tu vives dans une nuit perpétuelle.
C'est là le désir le plus ardent des femmes et jeunes
filles de Vienne pour un infâme scélérat de ton
espèce."
Le 30 août 1898, Elisabeth est arrivée en Suisse. Elle
aimerait que Franz vienne la rejoindre. Mais elle devra se contenter de
la présence du jeune Frédéric Barker, son nouveau
professeur de grec, et de la comtesse Irma Sztàray, dame
d'honneur de Sa Majesté. Franz est retenu à Vienne.
Situation politique embrouillée, inaugurations d'églises,
préparation des fêtes du jubilé... tout ce qui peut
retenir Pokà et n'a jamais retenu Elisabeth.
Dans ses promenades, l'impératrice constate que sa
résistance physique n'est plus qu'un vieux souvenir. La grande
marcheuse se traîne et souffre à chaque pas. Et le spectre
de la mort prochaine envahit toutes les conversations.
Le 7 septembre, elle ne parle pas. Elle se fait laver les cheveux.
Le 9, elle parle de repartir à Corfou. Une envie d'oliviers, de
citronniers en fleur... Elle sait que l'Achilleion est à
moitié vidé de son mobilier puisque c'est elle qui l'a
demandé. Mais elle n'a pas la nostalgie de son palais et
déclare ne vouloir y retourner que quand on en aura fait un bon
hôtel. Elle fera un plus humble voyage, ce jour-là, sur le
lac, de Territet, près de Montreux, à Genève.
Pendant les quatre heures de la traversée, elle arpente le pont,
inlassablement.
A treize heures, le bateau accoste à Genève où un
télégramme de Marie-Valérie est arrivé pour
elle. La petite chérie va bien, c'est tout ce qui compte. Un
déjeuner est prévu chez la baronne Julie de Rotschild. Un
somptueux déjeuner dont Elisabeth veut envoyer le menu à
Franz. En soulignant bien les petites timbales, la mousse de volaille
et, surtout, la crème glacée à la hongroise- une
merveille ! Puis la maîtresse de maison lui fait visiter sa
propriété. Volières remplies d'oiseaux exotiques,
aquariums où vivent tranquillement des quantités de
poissons étranges, et les serres... Elisabeth tombe en
arrêt devant la splendeur de ces jardins sous verre. Les
orchidées la fascinent tout particulièrement. Pendant les
quelques heures de la visite, l'impératrice semble reprendre
goût à la vie, elle parle d'avenir, de ces fleurs qu'il
faudrait acclimater dans sa villa de Lainz... Mais sur le chemin qui
les ramène à l'hôtel Beau-Rivage, où elle
est descendue, les vieux spectres refont surface. Elle entraîne
la pauvre comtesse Sztàray dans une difficile conversation sur
la foi et la mort. Elle est pleine d'incertitude, dit craindre surtout
le passage, le moment imprécis qui mène de la vie
à la mort. Que savons-nous de la paix et du salut après
la mort? Jamais personne n'en est revenu."
Le 10 septembre 1898, Elisabeth est moins matinale que d'habitude. La
nuit a été mauvaise. Avant de reprendre le bateau pour
Territet, l'impératrice veut faire quelques achats.
Chez Baecker, le marchand de musique de la rue Bonnivard, elle
achète un grand orchestrion et vingt-quatre morceaux de musique.
Elle reste un bon moment dans le magasin à écouter des
airs de ses opéras préférés - "Carmen,
Tannhaüser, Rigoletto, Lohengrin"... Sa dame d'honneur la presse.
Il faut partir. Dans vingt minutes, le bateau sera parti.
A cinquante mètres du bateau, sur le quai, un homme se jette sur
les deux femmes. Elles s'écartent pour le laisser passer, mais
il heurte violemment l'impératrice, qui tombe à la
renverse. La comtesse, avec l'aide d'un cocher qui passait par
là, relève Elisabeth. Une violente rougeur a envahi son
visage et ses cheveux, qui ont amorti la chute, sont un peu en
désordre. Les badauds témoins de l'incident offrent leurs
services. Mais tout va bien. L'agresseur devait sûrement en
vouloir à leur porte-monnaie... Irma et Elisabeth courent vers
le bateau. Elisabeth se sent soudainement devenir très
pâle et s'en inquiète auprès de sa suivante.
Très pâle, en effet. Elle se plaint maintenant d'une
douleur à la poitrine.
Elisabeth traverse la passerelle du bateau. Elle appelle la comtesse
Sztàray qui vient à peine de lui lâcher la taille.
Elle a besoin d'un bras, elle se sent défaillir.
On a porté le corps de la dame en deuil sur le pont
supérieur. La malade a probablement besoin d'air.
L'émotion après l'agression du quai... Une
infirmière, qui se trouve parmi les passagers, pratique sur
l'évanouie quelques mouvements respiratoires. Pendant ce temps,
Irma ouvre la robe, coupe le corset. Un morceau de sucre imbibé
d'alcool parvient à lui faire ouvrir les yeux. Elisabeth
s'assoit, demande ce qui est arrivé et, presque aussitôt,
retombe en arrière. Rien ne parvient plus à la
réveiller. Le bateau est déjà parti vers l'est.
Irma s'affole. Il est temps d'informer l'équipage que cette dame
n'est autre que l'impératrice d'Autriche. Il faut accoster au
plus vite, il faut un médecin, il faut un prêtre... Irma a
compris. Sa Dame en noir vient d'être assassinée.
Le capitaine met le cap sur Genève pendant qu'on improvise un
brancard avec deux rames et des fauteuils pliants. Le temps passe et la
sueur commence à perler sur le visage livide d'Elisabeth.
Six personnes portent le brancard tandis qu'un passager protège
la tête de la malade avec une ombrelle. Une pauvre tête qui
tourne de droite à gauche, un pauvre visage où l'on ne
perçoit bientôt plus un souffle.
A l'hôtel Beau-Rivage, les docteurs Golay et Teisset sont formels
: il n'y a plus d'espoir. Un prêtre donne l'absolution. Un
troisième médecin est appelé. Il tente une petite
incision à l'artère brachiale. Pas une goutte de sang lie
s'échappe. Le décès est confirmé. C'en est
fini.
Depuis la fin du mois de juin, Vienne fait la fête. François-Joseph célèbre le cinquantième anniversaire du début de son règne. Soixante-dix mille enfants ont défilé sur la Ringstrasse, quatre mille chasseurs ont acclamé l'empereur à Schönbrunn... Les festivités sont brutalement interrompues par la nouvelle de l'assassinat de l'impératrice. Quelques incidents éclatent dans les cafés fréquentés par des Italiens. Franz est resté calme. II a reçu les condoléances de la famille, fixé le déroulement des cérémonies à venir. Puis, comme il l'avait fait pendant cinquante ans, il est retourné à son bureau pour travailler avec application à ses nombreux dossiers. Sur le mur, il y a le portrait de la disparue. On dit qu'il ne cessa de répéter jusqu'à sa mort : "Personne ne saura jamais combien je l'ai aimée..."
Dans les semaines suivantes, on liquida la succession. A la
stupéfaction générale, on découvrit que la
fortune personnelle de l'impératrice se montait à dix
millions de florins.
Gisèle et Marie-Valérie, comme l'indiquait le testament
de leur mère, reçurent chacune deux cinquièmes de
ses biens. Un cinquième revenait à la fille de Rodolphe,
la petite Elisabeth.
Marie-Valérie bénéficia d'une donation
supplémentaire de un million de florins et hérita de la
villa Hermès de Lainz. Gisèle se contenta de
l'Achilleion, qui était déjà entièrement
vidé de ses meubles et inhabitable car en fort piteux
état.
Des biens personnels de l'impératrice, il ne restait pas
grand-chose. On ne retrouva pas les précieux cadeaux qu'elle
avait reçus pour son mariage ni ceux des souverains
étrangers. Le collier de perles à trois rangs que
François-Joseph lui avait offert pour la naissance de Rodolphe
avait disparu. Ses célèbres émeraudes, ses
étoiles de diamants qu'elle portait sur ses tresses et que le
portrait de Winterhalter avait immortalisées, elle les avait
données. Restaient sa décoration de la Croix
étoilée, un diadème de perles noires qu'elle avait
conservé par superstition et cent quatre-vingt quatre petites
pièces d'orfèvrerie. Ce que l'on retrouva en plus grand
nombre dans son coffret, ce furent des broches bon marché. Des
bijoux de pacotille.
Un mois après l'attentat, Lucheni, devant ses juges, n'affiche
aucune espèce de remords. Et à la lecture du verdict le
condamnant à la réclusion à
perpétuité, il s'écrie : "Vive l'anarchie ! Mort
à l'aristocratie !"
En février 1900, le prisonnier anarchiste tente de se suicider
avec la clef d'une boîte de sardines. Le 16 octobre 1910, le
directeur de sa prison, M. Fernet, le trouve mort dans sa cellule,
pendu à sa ceinture de cuir.
Quatre ans plus tard, le neveu de François Joseph, l'archiduc
héritier François-Ferdinand, est assassiné, avec
sa femme, à Sarajevo par un membre de la Main noire,
organisation nationaliste serbe...
Le 28 juillet 1914, l'Autriche déclare la guerre à la
Serbie. Le 1er août, l'Allemagne déclare la guerre
à la Russie puis, le 3 août, à la France. Le 12
août, la France déclare la guerre à l'Autriche...
"Le vieux tronc pourri se meurt", disait-elle... Il va mourir sur les champs de bataille. Mais il ne le sait pas encore.
Impression Braille
si vous possédez une imprimante
Braille correctement configurée