C'est un
vieux bâtiment à étage, planté au milieu
d'une cour goudronnée.
Sur le mur extérieur, près du portail rouillé, une plaque en acier brossé annonce :
Docteur Bruno Sachs
Médecine Générale
La porte de rue, dont
la peinture vert sombre s'écaille, est entrouverte. Au
fond de l'entrée, les mots "Salle d'attente" sont
peints au pochoir sur une porte en bois blanc, au-dessus d'un
carton sur lequel figurent
-calligraphiés en rouge, bleu,
vert et noir par une main appliquée- les horaires de
consultation. A gauche s'élève un escalier
vétuste.
Comme me le recommande un petit panonceau métallisé, je sonne et j'entre.
La salle
d'attente est une grande pièce au sol carrelé,
fraîche, claire et haute de plafond. Les murs sont
tapissés d'un papier bleu pâle à rayures bleu
foncé.
Face à l'entrée,
côté jardin, quelques chaises encerclent une table basse
couverte de magazines. Je salue d'un murmure les personnes
présentes et je m'assieds.
Côté cour, un grand bureau en bois,
mastoc et impersonnel, porte une plante en pot. A ma droite, un homme
en chemisette, short et chaussures de sport lit un quotidien. A ma
gauche, une femme entre deux âges parle à voix basse
à une adolescente dont les yeux restent rivés au sol.
Plus loin, près de la porte de communication
équipée d'un groom automatique, une femme jeune,
très enceinte, avachie sur une chaise, surveille d'un
regard fatigué deux enfants de trois ou quatre ans. La petite
fille -l'Aînée, apparemment- fait
l'école à une rangée de peluches
installées sur un petit banc de bois peint en rouge. Son petit
frère, assis sur le grand carré de moquette qui recouvre
ce coin de la pièce, empile des cubes d'un air
renfrogné.
L'homme soupire et retourne son journal.
L'adolescente me regarde du coin de l'œil. La femme
m'ignore et continue à lui parler. Les enfants jouent.
Leur mère fouille dans son sac. Je regarde ma montre. Je me
retourne. Derrière moi, sur le mur, entre les deux grandes
fenêtres, une pendule-assiette indique dix heures passées.
Il a plu. Les fenêtres sont embuées,
mais le soleil perce les nuages et réchauffe le coin des
enfants. La sonnette retentit. Une femme âgée, petite et
obèse, entre en ahanant suivie par un vieil homme très
maigre et très voûté. La femme s'affale sur
un siège, lève les yeux au ciel en gémissant,
serre son porte-monnaie sur sa poitrine, soupire bruyamment. Le vieil
homme fait le tour de la table basse et s'assied à son
tour. Je croise les jambes et j'ouvre le livre.
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