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Epilogue

    J'attends la poignée tourner. La porte s'ouvre, tu sors. Tu laisses passer devant toi la femme enceinte et ses deux enfants. Au moment où je me lève, tu m'arrêtes d'un geste.
    Je vous demande une toute petite seconde, j'ai un coup de fil à passer.
    Je ne peux pas m'empêcher de sourire. Je me rassois. La pendule-assiette indique midi cinq. J'attends. J'entends des bruits de voix de l'autre côté de la cloison, mais ils se noient dans la musique doucereuse que déverse un haut-parleur suspendu.
    Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvre de nouveau.
    Tu jettes un coup d'œil direct à la pendule, un coup d'œil circulaire à la salle, comme pour vérifier qu'il n'y a plus que moi. Tu me regardes enfin, tu me salues.
    - Entrez, je vous en prie.
    Tu t'efface pour me laisser passer. Tu tends la main vers les deux petits fauteuils placés devant le bureau.

    J'entre en serrant le livre contre moi.
    - Asseyez-vous.
    Tu refermes la porte en poussant fort.
    Tu t'installes dans un fauteuil pivotant. Tu lèves les yeux vers moi. Tu découvres que je suis encore debout.
    - Asseyez-vous, je vous en prie.
    Pendant que je m'exécute, tu demandes d'un ton détaché :
    - Que puis-je faire pour vous ?
    Je cherche mes mots. Je te regarde en souriant.

    Les murs sont blancs, le plafond est parfaitement lisse, sans la moindre trace de moisissure. A ma gauche se trouve un lit bas. Tu es assis en face de moi, derrière un petit bureau à tiroirs sur lequel est posé un unique téléphone. Tu portes une blouse blanche à manches courtes.
    Tu es plus vieux que je ne l'imaginais, quarante ans au moins. Ton visage est marqué de petites cicatrices. Tes cheveux grisonnent. Tu es un peu dégarni, mais tes cheveux sont propres et courts. Tu a dû te couper en te rasant ce matin, car ton cou porte quelques traces de sang séché. Tu as un nez aquilin, le dos voûté, de la brioche.
    Tu souris à ton tour. Une de tes incisives du haut est ébréchée.

    - Que puis-je faire pour vous ?
    Tu me regardes, visiblement intrigué. Tu attends ma réponse, mais je ne dis rien. J'ai posé le livre sur mes genoux.
    Tu croises tes mains, tu te penches vers moi.
    - Je vous écoute... ?
    - Je vous ai appelé hier soir, pour prendre rendez-vous... Mais je ne viens pas vous voir parce que je suis malade.
    Tu fronces les sourcils, tu souris malgré toi.
    - Je ne comprends pas...
    - Je sais qu'il y a un autre nom sur la plaque, mais vous êtes Martin Winckler, n'est-ce pas ? C'est bien vous qui avez écrit "La Maladie de Sachs ?"
    Je pose le livre sur le bureau.
    J'ai fini de le lire à l'instant dans la salle d'attente.

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